Interventions 2016

Casser les murs : mon idée pour changer l’école par Caroline Jouneau-Sion

Une idée pour changer l’école ? L’excellent Jean-Marie Gilliot a déjà répondu : Le cartable numérique Je comprends bien ce qu’il dit et je suis assez d’accord. Mais je n’ai pas envie de changer l’école en ajoutant un truc dessus (même s’il remplace d’autres trucs). J’ai demandé à ma copine chérie Mila Saint-Anne : « Dis Mila, t’as pas une idée pour changer l’école ? » et elle m’a répondu du tac-au-tac :« Casser les murs ». C’est ça !!! Elle pensait « changer l’architecture » et c’est vrai aussi mais avant ça, on peut casser virtuellement les murs.

Parce qu’en réalité, si l’école est un cadre et si le cadre, c’est important, l’école est quand même un cadre physique avant tout. Rendez-vous devant les grilles de l’école primaire ou le collège de votre commune pour vous en convaincre.Hummmm, pas facile d’entrer dans nos écoles, et pas facile d’en sortir non plus ! Parent, membre de la société civile, même membre de la réserve citoyenne, vous avez déjà essayé d’entrer en classe (pour une raison bien pédagogique, bien sûr…) ? Enseignant, vous avez essayé de faire venir quelqu’un de l’extérieur ? Ca ne rentre pas dans les programmes, pas le temps, il faut les autorisations, et quand vous avez réussi (à faire venir un témoin de la guerre d’Algérie par exemple, pour ce qui me concerne), hop ! le recteur reçoit une plainte parce que (rayez les mentions inutiles) :

  • c’est pas juste moi je n’ai pas été invité ;
  • c’est un scandale cette personne n’est pas présentable à des enfants ;
  • je veux un droit de réponse ;
  • pendant que les enfants papotent avec cette personnes ils n’étudient pas le programme.

Voire vous recevez un mot de votre supérieur hiérarchique qui réclame les précisions sur les objectifs cognitifs et les connaissances visées par votre invitation (comme si vous invitiez en classe une personne extérieure pour boire le café).Donc, l’école est un lieu fermé. J’irai même plus loin : la classe est un lieu fermé.

 

Or l’école ça sert à apprendre, et apprendre, c’est comprendre. Et comprendre, c’est mettre en relation ce qu’on apprend avec ce qu’on sait déjà, ce qu’on voit, ce qu’on croit, bref, c’est faire du lien avec le monde. A la toute fin, l’école ça sert à former des jeunes gens qui peuvent faire pleinement partie de notre société, qui peuvent en être responsable, trouver collectivement des solutions aux problèmes qui lui sont posés.

L’école, ça doit donc faire comprendre que le monde est complexe (au sens d’Edgar Morin) et qu’aux problèmes de ce monde, il faut trouver des solutions qui prennent en compte de nombreux facteurs, une solution qui n’est pas toute faite mais qui est sûrement la mieux étudiée, la mieux négociée.

Du coup, pas facile facile quand on reste le cul sur une chaise pendant 55 mn, à changer de salle à chaque sonnerie (ou pas, mais quand même), à ne pas aller au CDI chercher une info parce qu’on n’a pas le temps, à ne pas demander au prof de *** (mettre ce qu’on veut comme discipline à la place, je ne suis pas sectaire) parce qu’il travaille sur un chapitre qui n’a rien à voir et qu’il n’a pas le temps, à ne pas pouvoir sortir vérifier dehors parce qu’on n’a pas les autorisations parentales etc…

Donc je dirais que pour changer l’école, il faut casser les murs* et mettre en relation les concepts, les notions, les dates et les lieux qu’on étudie entre eux (quelles que soient les disciplines) et avec le monde.

C’est presque rien, finalement…

Ah pardon ! J’oubliais la SÉCURITÉ. Casser les murs, c’est casser les barrières qui protègent nos enfants des dangereux terroristes et fadas en tout genre.

Ben moi, quand je vois ce que je vois et que j’entends ce que j’entends autour de moi, autrement dit des gens qui pensent et qui parlent sans faire de lien, qui du coup ont des solutions simples pour résoudre des problèmes complexes, genre « virer les musulmans pour lutter contre le terrorisme » (ou interdire le burkini, ou fusiller des gens au hasard pour punir les infidèles), je ne me sens pas en sécurité, ni mes enfants.

Cassons les murs, donc, même virtuellement. Et quand on aura des sous, construisons des lieux d’éducation ouverts dedans et dehors, qui s’adaptent aux projets pédagogiques des équipes, qui permettent de faire du lien. Bien sûr ça pose la question de la confiance. Faire confiance aux élèves pour ne pas qu’ils se tirent en courant, faire confiance aux gens qu’on fait entrer, ça oblige à expliquer, à dialoguer autour de ce qu’on veut faire apprendre, comment on veut le faire apprendre, pourquoi… Vous m’avez comprise. Même le supérieur hiérarchique sera content.

Ca permettra de résoudre les questions d’attention et d’engagement de nos élèves qui sauront pourquoi ils sont là, qui comprendront ce qu’ils apprennent et pourquoi ils apprennent, et qu’on responsabilisera pour éviter de les voir faire l’école buissonnière.

Vous voyez que je ne suis pas loin de l’école de Jean-Marie où les élèves échangent sur des forum avec des anciens et vont mesurer la vitesse des ascenseurs dans toute la ville.

*C’est pas moi qui l’ai dit c’est Mila mais c’est ma copine, je peux lui piquer son idée elle dira rien.

voir l’article intégral sur https://pedagotice.blogspot.fr/2016/08/une-idee-pour-changer-lecole-casser-la.html

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