Interventions 2016

Mon idée pour changer l’école : faire mentir Raymond Lévesque ! par Jean-François Cerisier

Mon idée est toute simple à énoncer mais sans aucun doute bien plus difficile à réaliser. J’en ai bien conscience mais pour une fois que l’on peut rêver un peu …

changer-ecole-cerisierJe me souviens des débats passionnants sur l’industrialisation de (et dans) la formation il y a quelques années autour du séminaire animé par Pierre Moeglin. Même si elle a ses limites, la comparaison des institutions éducatives avec l’industrie est fertile. Elle permet d’interroger aussi bien les finalités envisagées que les moyens mis en œuvre et appelle une analyse interdisciplinaire qui convoque aussi bien l’économie que les sciences et techniques de l’information, aussi bien les sciences politiques que celles de l’éducation.

Il se disait notamment dans le séminaire de Pierre que les processus d’industrialisation, quels qu’en soient les modèles de référence (taylorisme, fordisme, toyotisme … ) exigeaient qu’il y ait un produit à fabriquer. Ce qui fait de l’éducation un piètre domaine industriel puisque que personne ne s’accorde sur la finalité de la production ni le public auquel elle s’adresse. Peut-on imaginer une grande entreprise qui ne cesse de s’interroger sur la fabrication d’un produit dont elle n’a qu’une idée très vague pour un public tout aussi évanescent ?

Certains pays l’ont bien compris, par toujours avec les meilleures motivations, qui ont mis l’Ecole au service d’un projet de société. Le raisonnement par aphorisme n’est pas très scientifique mais l’on peut dire sans grand risque de se tromper que si l’on sait où on souhaite aller, on a bien plus de chance d’y parvenir que dans le cas contraire …

Sauf à penser –mais est-ce si stupide ? – que l’Ecole n’est pas celle de la société, nos institutions éducatives sont destinées, comme l’affichent de nombreux textes légaux ou réglementaires français, à permettre à chacun (à tous … ) de bénéficier d’une éducation émancipatrice qui lui permettra de vivre de façon autonome et de prendre part aux évolutions de notre société dans le respect de ses valeurs démocratiques et républicaines.

Inutile de développer longuement ici pour faire état de l’absence de projet de société en France et donc d’absence de projet pour l’Ecole. On attend beaucoup de l’Ecole mais on ne sait pas vraiment quoi. Construisons un nouveau projet de société et l’Ecole y trouvera naturellement sa place.

Bien sûr que les problèmes d’ordre techniques sont difficiles à résoudre. Que faut-il enseigner ? Quand ? De quelle façon ? Avec quelles ressources ? Les réponses à ces questions n’existent qu’à la condition de leur donner un cadre sociétal et les enseignants et chercheurs que nous sommes devons nous inviter dans un débat qui excède largement le périmètre de l’Ecole.

Alors les questions didactiques et pédagogiques disposeront d’un cadre pour les penser et pour les résoudre. Quant aux techniques numériques, au cœur des préoccupations des ludoviens, je ne doute pas qu’elles auront une place importante, à la fois parce que leur maîtrise est aussi indispensable au citoyen d’aujourd’hui que celle de la langue hier, parce qu’elles offrent de nouvelles opportunités pour enseigner et apprendre autrement et, surtout, parce qu’elles permettent d’agir « ensemble en autrement » dans un environnement culturel où elles ont transformé le rapport de chacun à l’information et aux connaissances, à l’espace et au temps, à autrui et à soi-même, à la création et à la créativité.

Dans mon rêve, c’est le 23 avril puis le 7 mai 2017 que nous pourrions acter un changement de l’Ecole avec une véritable politique de transformation au service d’un véritable projet de société. D’autres l’ont fait. Pourquoi pas nous ?

Faisons mentir le poète : « Dans la grande chaîne de la vie, pour qu’il y ait un meilleur temps, il [NE] faut [PAS] toujours quelques perdants » !

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