Interventions 2016

Notre idée pour changer l’école par Régis Forgione et Fabien Hobart

Imaginer l’école de demain : Conservatisme dynamique + encerclement positif = vecteur de conversion ?

L’École, à l’image de la société dans laquelle elle s’inscrit, connaît des changements sans précédent. La mondialisation, les mutations économiques, les nouveaux enjeux identitaires de “la société qui vient” sont autant de défis pour les futurs citoyens du XXIème siècle que pour nous, éducateurs, en charge de les anticiper pour permettre à nos élèves d’y répondre du mieux possible.

Les réflexions autour des postures, stratégies et objectifs pour l’École sont déclinés à l’envie par tous et partout : des institutions (les nouveaux programmes, le Socle Commun, le programme Education 2030 des Nations unies), aux philosophes (Edgar MORIN et ses 7 savoirs nécessaires à l’Éducation du futur), en passant par les praticiens. Dernièrement, Yann HOURY évoque dans un livre numérique autopublié son expérience d’enseignant et comment il voit, espère et appelle de ses voeux les transformations nécessaires de l’École dans un ouvrage à la fois personnel et inspirant. 

Pourtant on voit comme la disruption, à savoir la rupture par l’innovation technologique, n’est pas la meilleure amie du changement, en tout cas en milieu scolaire. Si le terme permet d’écarter une (im)possible révolution scolaire à laquelle peu d’acteurs engagés et soucieux d’une nécessaire mutation du système croient, il n’emporte pas plus les foules.

Preuve en est, bon nombre des défricheurs, pionniers et autres “inspirateurs” du numérique éducatif prennent le contre-pied du tout disruptif pour rappeler avec conviction le bon sens d’une approche éducative qui préserve les tenants et aboutissants d’une forme scolaire traditionnelle. La tendance semble être bien plus du côté de la conversion que du changement. La conversion implique l’adhésion. L’adhésion implique le dialogue et la prise en compte de l’autre, en tant qu’individu mais également en tant que partie d’un système, d’une communauté de pensée, de pratique et de valeurs.

La conversion demande du temps mais elle s’inscrit dans la durée, part de l’existant pour l’améliorer.

Pour opérer cette conversion, accompagner le changement, l’injonction comme la déclaration de principe s’avèrent inopérantes, les transformations escomptées étant le plus souvent trop vertigineuses : c’est le principe d’acceptabilité souvent corrélé à celui de l’utilisabilité. La bonne stratégie est peut-être à chercher du côté de l’infiltration, l’action ciblée, discrète et disons-le camouflée ?

Hybridation, échantillonnage et transgression : pourquoi réinventer l’existant alors qu’il est beaucoup plus efficace et aisé de l’adapter en fonction de ces trois axes, puisqu’en pédagogie comme ailleurs, l’innovation n’est qu’une éternelle réécriture.

Les projets auxquels nous avons la chance de participer s’ajustent à ces trois principes proposés par Jean-Yves FRECHETTE. Ils accompagnent les collègues dans un modèle de transformation pratique et de pratiques, à bas bruit mais durable et spiralaire. C’est ça le conservatisme dynamique !

Hybrider, c’est partir de l’existant en lui apportant une dimension numérique. La perception d’une plus-value en termes d’agilité, de convivialité et d’efficacité doit être immédiate. Cette expérience positive engagera le praticien à sortir en douceur d’une zone de confort en dehors de laquelle “point de magie” et point de changement.

Échantillonner c’est identifier finement l’élément qui saura faire sens, faire tilt pour enclencher la conversion d’un praticien ou d’une communauté de pratique… Aujourd’hui le tsunami du numérique éducatif n’a jamais aussi bien porté son nom : déferlante médiatique, politique, économique… en attendant le raz-de marée pédagogique. Mais qui peut prétendre avoir appris à surfer en se jetant à corps perdu dans le jaw hawaïen ? Une petite séance de skimboard dans n’importe quel spot de notre littoral hexagonal n’est-elle pas plus à même d’inciter les moins téméraires de nos pédagogues surfeurs à aller plus loin ? Oublions LE numérique, indéfini, protéiforme, nébuleux qui effraie et parlons précisément d’usages, de solutions et d’instruments numériques permettant de faciliter et d’enrichir telle ou telle pratique. Mettons en berne un modèle qui exclut beaucoup plus qu’il ne rassemble pour être attentif à ce qui permettra à chaque enseignant de prendre ses premières marques dans une conversion qui s’apparente davantage à une course de fond qu’à un sprint.

Transgresser enfin, parce que l’audace, l’intrépidité et la prise de risque sont l’indice et le moteur d’une vitalité professionnelle. Un dynamsime qui refuse de sacrifier la créativité et la réflexivité sur l’autel d’un quotidien emprunt de traditions scolaires dont l’efficacité est de plus en plus remise en question.

Le changement est d’abord individuel, personnel, subjectif. L’enthousiasme, la sincérité  et l’énergie sont contagieux. L’encerclement positif naît donc de ces initiatives toutes à la fois généreuses et égocentriques, individuelles et collectives, fantaisistes mais pragmatiques. Le mouvement est double il part de l’individuel pour aller vers le collectif et revenir vers le sujet pour enrichir son expression pédagogique et inspirer de nouveau.

Pour changer l’École, il s’agirait donc de faire vivre aux praticiens des expériences qui leur rappelerait à quel point l’audace, la transgression, la confiance et le partage sont importants dans leur quotidien professionnel. Les accompagner dans une conversion volontaire en se mettant au service et à l’écoute de chacun d’entre eux pour dépasser les communautés de pratiques et d’intérêt, se rassembler derrière une seule et même communauté de valeurs et d’objectifs : développement et épanouissement professionnel, collectif mais aussi personnel. Un sentiment d’efficacité professionnel partagé.

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