Interventions 2016

Mon idée pour changer l’école : c’est en forgeant qu’on devient forgeron par Ninon Louise

On semble parfois oublier que la formation initiale des enseignants est une formation professionnelle, tout comme la médecine par exemple. À quoi donner la priorité? Réfléchir à l’acte médical ou savoir poser l’acte médical? La question ne se pose même pas !

La formation initiale des enseignants pour les écoles et même pour le collège devrait être fondamentalement une formation pratique.

Les cours de didactique des sciences offerts par les universités au Québec favorisent peu ce type de formation. C’est pourquoi je propose une refonte de l’offre. C’est mon idée pour changer l’école.

Je propose qu’apprendre à enseigner les sciences et la technologie au primaire se fasse selon la formule suivante : trois fois deux heures par semaine de cours – le lundi, le mercredi et le vendredi, dans un local dédié à cette étude afin que les étudiants puissent faire des semis, croître des plantes, garder des animaux, fabriquer des montages, avoir accès à du matériel simple qui favorise une étude fondée sur l’investigation, manipuler des objets, observer des phénomènes, recueillir des données, . . .

lls feront, observeront leurs actions et les difficultés rencontrées, réfléchiront sur celles-ci, concluront. Ils inféreront peut-être alors sur ce qui permet l’accès au savoir, mais ce n’est pas l’objectif de cette formation. L’important est qu’ils soient en mesure de participer avec leurs élèves à de véritables démarches d’investigation et d’apprentissage. Qu’ils touchent à la science.

Je suggère que les bureaux des professeurs soient adjacents à ce local afin qu’ils demeurent disponibles pour guider leurs étudiants et les conseiller.

 

Je suggère que les étudiants puissent venir travailler à leurs montages, études et expériences en dehors des heures de cours tout comme ils se rendent à la bibliothèque pour y compléter leurs travaux. Je suggère que ce local leur soit accessible.

La science à laquelle on initiera les écoliers du primaire consiste en l’observation et l’étude du monde matériel. C’est l’étude du réel, du monde concret qui les entoure.

Les cours dédiés aux futurs enseignants doivent refléter cette réalité afin qu’à leur tour ils sachent guider avec assurance leurs élèves dans une démarche d’apprentissage fondée en premier lieu sur les perceptions sensorielles, puis sur l’usage d’outils d’observation et de capteurs pour la collecte de données et sur l’investigation.

Des manipulations simples du niveau des habiletés physiques et intellectuelles des élèves du premier cycle, deuxième cycle et troisième cycle du primaire, des séances de travail où on touche des objets, les observe, où on reproduit certains phénomènes, recréé les conditions de certains milieux de vie, où on réalise des montages pour tenter de concevoir, d’illustrer la structure de la matière, l’énergie, les forces. Ceci devrait constituer le fondement de la formation des futurs enseignants du primaire.

Au sortir d’une formation de ce type, ces derniers devraient pouvoir aider leurs élèves à percevoir une diversité des facettes de la science et de la technologie : à la fois un environnement matériel à interpréter, une histoire générée par des êtres humains, un vocabulaire à acquérir, des problèmes créés par la bêtise humaine, au lieu d’exiger d’eux qu’ils mémorisent des faits ou cherchent sur Internet une réponse immédiate à des questions que nos ancêtres ont mis des siècles à se poser et à en trouver la réponse.

Les futurs enseignants du primaire savent-ils observer, classifier, mesurer, identifier et contrôler des variables, expérimenter, fabriquer des modèles?

Utilisent-ils  des approches pédagogiques autres que la résolution de problèmes? c’est-à-dire le jeu libre, la démonstration, l’analogie, le récit? Initient-ils leurs élèves à la mesure, la cueillette de données, l’analyse de données, la méthode expérimentale, la critique, la discussion ?

Savent-ils utiliser les langues de la science ? la mathématique de la mesure, connaître quelques racines grecques ou latines et la symbolique des éléments. Peuvent-ils construire des tableaux, des schémas, des graphiques, des diagrammes? Ont-ils pu découvrir quelques propriétés de la vie à partir d’observations? Saisi les limites de la capacité de support des milieux naturels? Se sont-ils émerveillés de la naissance de notre univers, de la création des éléments? Et puis, en fait qu’est-ce que l’énergie?

 

Note de titre

1 La tradition de l’apprentissage par l’action, solidement établie dans le domaine des savoir-faire, remonte à

Aristote : « Les choses qu’il faut apprendre pour les faire, c’est en les faisant que nous les apprenons » (Éthique à Nicomaque, 1103a). Dans cette longue tradition, citons Rousseau, pour qui « la véritable éducation consiste moins en préceptes qu’en exercices », John Dewey, dont la doctrine du « learning by doing » a influencé Claparède et Freinet, et ce dernier qui a repris à son compte la célèbre formule de Dewey sous la forme du dicton populaire : « C’est vraiment en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en écrivant qu’on apprend à écrire » . . . Au terme de ce panorama des mécanismes et formes d’apprentissage . . . Nous avons tout d’abord rejeté l’idée que la simple transmission d’informations puisse constituer un apprentissage ; informer n’est pas plus synonyme de former que renseigner n’est synonyme d’enseigner . . . http://joseph.rezeau.pagesperso-orange.fr/recherche/theseNet/theseNet-1_.html  consulté le 13 mai 2014

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