Interventions 2016

Mon idée pour changer l’école : Définir une vision commune, faire avec peu, hacker l’existant et ouvrir le cadre ! par Sébastien Reinders

Présent depuis maintenant presque 10 ans dans l’écosystème EdTech, tour à tour enseignant, conseiller pédagogique, expert numérique pour la Wallonie, j’ai assisté de manière active aux grands chambardements numériques qui ont secoués l’école ces dernières années. J’y ai, entre autres, découvert des pépites, assisté à l’émerveillement des collègues, aidé à la mise en place de plans d’équipements… et aussi, comme la majorité de mes camarades de rédaction sur cet exercice, galéré à convaincre et subi des forces centripètes !

Le constat et un peu d’histoire du chambardement numérique.

Force est de constater qu’en matière d’équipement, et depuis de nombreuses années, les pouvoirs publics, les régions, départements et les collectivités locales mettent largement la main au portefeuille.

« Trop peu présents » diront certains, « mal utilisés » rétorquerons d’autres, les outils numériques sont cependant actuellement accessibles de manière générale dans nos écoles. Mais cette disponibilité du matériel est-elle gage d’usage ? Il y a de fortes raisons de penser, au vu des retours issus des plans d’équipements, que c’est loin d’être le cas !

 

Nous le savons, transformer les pratiques est un exercice ardu. Il n’est pas seulement temps de fournir du matériel, nécessairement obligatoire, mais aussi d’assurer son fonctionnement, l’assistance et l’animation à l’usage ainsi que la formation des utilisateurs.

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Tout comme mon collègue Lyonel Kaufman, dans sa proposition pour changer l’école, je m’interroge depuis quelques temps sur la ou les raisons qui freinent (encore !) ou bloquent l’intégration des usages numériques dans nos établissements.

Il y a quelques années, le constat pouvait être clair. Nous (les enseignants) étions en manque d’outils pour réaliser notre transformation numérique. Pour beaucoup de collègues, il était simple d’affirmer que ce manque d’outils disponibles et la formation aux usages innexistante étaient les causes du peu d’usages et de transformations de nos pédagogies. A cette époques, quelques précurseurs étaient montrés en exemple pour leurs usage d’outils soit bricolés soit détournés. Beaucoup d’entre nous ont alors entendu parler ou se souviennent des usages de la WiiMote comme TBI, des premiers outils collaboratifs détournés en E.N.T., et d’autres bricolages autour des réseaux sociaux.

 

Grâce, entre autre, à la démocratisation des outils personnels (portables, tablettes et smartphones), le matériel, les plateformes et les ressources sont ensuite arrivés jusqu’à nos salles de classes. Etait-ce enfin un gage d’usage ? Encore une fois, des « leaders » innovants et créatifs se sont emparés de ces nouveautés et ont balisés le chemin. Trop pointu techniquement, trop ciblé sur des matières particulières, trop chronophage, ces exemples peinent cependant encore à convaincre la grande majorité de nos collègues « consommateurs ».

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Partant d’un manque de moyens, qui est (fût) possible de couvrir avec des apports financiers et une politique adéquate, nous sommes maintenant en présence un manque d’inspiration sur l’essence même de cette révolution.

Réussir (enfin) l’école numérique

Comprenez dans ces propos, au travers de ce constat, qu’il n’est pas question ici de jeter la pierre sur celui ou ceux qui ne se seraient pas encore emparés activement du numérique pour se l’approprier. Je doute d’ailleurs, comme beaucoup, de l’intérêt des généralisations.

 

Il est cependant temps, au travers des retours d’usages de trouver des techniques permettant à la plus grande majorité de s’emparer des rudiments susceptibles de la rendre autonome dans ces démarches pédagogiques (et pas seulement sur un plan numérique).

 

Car, en effet, Il ne s’agit pas de simplement révolutionner la pédagogie mais de plutôt de réactualiser les plus actives parmi celles-ci, de mettre en action les apprenants et de les placer devant des défis, suposant réflexion, discussion et découverte.
Je reprendrai donc en proposition les recommandations, mais surtout les conseils pratiques que l’Agence du Numérique (Wallonie- Belgique) formule à ce propos. Celles-ci sont issues des nombreux retours d’expérience belges dont « Ecole Numérique » et étrangers.

Trois facteurs devraient être conjugués pour réussir l’école numérique:

  • chaque établissement d’enseignement doit développer une/sa vision de l’apprentissage numérique;
  • le projet pédagogique doit être le point de départ, pour ensuite poser des choix technologiques;
  • l’ouverture doit être au coeur de la stratégie…

 

Une vision pédagogique d’établissement primordiale

Je l’ai mentionné précédemment, réussir l’intégration des technologies dans les usages pédagogiques est principalement une question de méthode et de posture d’enseignement.

Afin d’aider les enseignants dans cette démarche, il est primordial que chaque école ou groupement d’écoles développe une vision de l’apprentissage numérique. Celle-ci servira à l’enseignant de guide et de barrières s’il faut dans ses démarches de transformation de son enseignement.

Attention, par-dessus tout, il faudra, pour réussir à convaincre, que cette vision soit structurante, s’inspire des retours d’expérience, puisse être débattue et partagée par toutes les « parties prenantes » (direction, enseignants, parents, élèves, services psychosociaux, etc.).

De la pédagogie, encore et toujours …

Il est important de pouvoir rompre avec l’illusion technologique, cette illusion, savamment distillée par les industriels et leurs commerciaux que les technologies « à elles seules » peuvent faire la différence et améliorer la qualité et l’efficacité des processus d’apprentissage

Ce sont la scénarisation, le dispositif d’enseignement et la stratégie d’apprentissage qui confères aux outils leurs usages pédagogiques. Ceux-ci ne sont pas pédagogiques en soi.

 

Et si ces outils ne conviennent pas tel quel où ne sont pas assez disponibles, la la meilleure stratégie est encore de les détourner pour se réapproprier les outils et développer de nouveaux usages et les intégrer dans les processus d’apprentissages.

Ouvrir pour éduquer

« Chassez-le par la porte, il rentrera par la fenêtre… » Cette citation s’adapte très bien aux usages numériques. Si la tendance lourde actuellement est la sécurisation, l’école ne peut se permettre de se refermer sur elle-même. Si pour des raisons de facilités d’administration, cette fermeture peut sembler opportune, celle-ci est en elle-même le frein à l’éducation et aux usages en bloquant le cadre négocié des usages et comportements souhaitables.

Les conseils pratiques de l’AdN[1]

  • ne pas attendre d’être prêt à 100% pour se lancer.Il ne faut pas avoir peur de prendre des risques, de se mettre en danger, de sortir de sa zone de confort, d’expérimenter: « C’est en se plantant que l’on fait ses racines » martelait Marcel Lebrun à Ludovia 2013;
  • démarrer par de petites initiatives.Les projets pilotes permettent de tester et d’expérimenter à petite échelle avant de planifier un déploiement plus large;
  • se former aux TICE plutôt qu’aux TIC.Comprendre et connaître le parti pédagogique que l’on peut tirer de l’utilisation des réseaux sociaux (comme Twitter) ou des outils de mind mapping est plus précieux que se former à l’utilisation des outils bureautiques;
  • s’inscrire dans une dynamique d’échanges entre pairs.Cette approche implique à la fois de mettre en place un dispositif de veille, mais également de rentrer dans une ou plusieurs « communautés de pratiques » .
  • libérer la connectique. Plus encore que le matériel, la connexion est un amplificateur d’usages et présente le plus grand potentiel en termes de plus-values pédagogiques. En outre, fermer le WiFi n’empêche pas les élèves de se connecter avec leur propre abonnement et crée une fracture avec ceux qui n’en disposent pas.
  • redéfinir le Réglement d’Ordre Intérieur des établissements. Ouvrir l’école aux terminaux numériques des élèves et libérer la connectique implique de redéfinir collectivement les modalités d’utilisation du matériel apporté et de la connexion proposée, afin d’accompagner les usages des élèves vers plus de maturité.
  • garantir l’accès au matériel.Il n’est pas rare, mais totalement paradoxal, de limiter les usages numériques sous prétexte de lutter contre la fracture numérique, parce que quelques élèves ne disposent pas du matériel nécessaire.

En conclusion

Comme je l’annonçais en prélude, 10 années se sont écoulées depuis mes débuts dans cet écosystème qu’est le numérique éducatif. Des premiers problèmes d’accès aux moyens, ceux-ci se sont transformés pauvreté d’accès aux ressources puis en difficultés de transmission à d’autres cercles que ceux des « early adopters », d’ouverture, …

Je pense, dès lors, fort de ces 10 années et sincèrement, que le numérique éducatif est et restera toujours « en discussion », remis en cause (cfr entre autres ce livre !), en perpétuel mouvement… Mais n’est-ce pas réellement là que réside l’intérêt et le noeud de ce qui nous intéresse, un cadre et des moyens, des outils toujours en mouvement, réinventé, renouvelés ?

Dans l’espace francophone, un lieu existe où cet échange est possible. Ludovia est ce lieu, le lieu où ces discussions se créent, où les échanges se font et où les solutions se dessinent. Ludovia est le laboratoire, l’incubateur des nouvelles pratiques et usages.

Ma proposition sera donc plutôt une promesse en forme de voeux. « Que ces années qui arrivent soient, pour l’école numérique, riches en créativité, discussions, échange, détournements… et apprentissages »

 

[1] https://www.digitalwallonia.be/reussir-lecole-numerique/

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